Pagayer en Laponie 11. Le vent nous portera

JOUR 14 – 15.08
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11h30. Le réveil est dur et très froid. Il vente fort et le crachin glacé est au rendez-vous.  Gros brunch sous le tipi pour nous tenir chaud, départ à 15h30.
Une préparation psychologique est nécessaire aujourd’hui. La team des lemmings reste bouche bée, en ligne, devant les énormes rouleaux s’écrasant sur la plage… Il faut se mettre à l’eau, sauter dans les kayaks avec ce vent, avec ce ressac…

Quentin s’élance en premier, tout le monde est pétrifié. Les vagues sont si grosses ! Allez les gars, c’est aujourd’hui ou jamais:  « MORT AUX LEMMINGS » !

Coco s’élance, avec succès. A notre tour, Tristan et moi laissons passer le premier rouleau qui engloutit à moitié notre cargo, je saute dans mon kayak, Tristan attendra le prochain rouleau pour profiter d’une accalmie passagère. Notre cargo double est si lourd que sa proue fend les vagues. Il se remplit en deux temps trois mouvements! C’est impressionnant ! HOP Tristan se jette dans le kayak, j’essaye de stabiliser le tout: Tristan qui gigote pour rentrer ses longues jambes dans sa soute et l’eau qui vacille de droite à gauche et nous ébranle! On pagaye comme des fous pour s’éloigner de cette folie! C’est partie pour la séance pompage: il faut vider le maximum d’eau en attendant les autres. Tous les survivants se rassemblent à distance des rouleaux, s’échangent les pompes et s’entraident pour juper. Jonas nous rejoint, il s’est retourné dans un rouleau mais a réussi à rembarquer. Il manque Camille ! Au loin on voit son kayak rouge retourné sur la plage ! Quentin part lui porter secours. L’attente est interminable dans la houle, celle-ci dépasse largement la hauteur de Coralie, on se voit disparaître et réapparaitre au fil des vagues. Il faut lutter contre le vent qui nous pousse vers les rochers. On se fatigue. Camille elle aussi est exténuée. Elle s’est retournée 5 fois et n’avait pas de pompe pour vider son kayak. Elle finit par monter à bord, et nous rejoint avec Quentin. En route, il faut avancer vers Tromsø.

Il y a tellement de vagues, la mer n’a jamais été aussi déchainée. Quentin veut jouer la sécurité et nous propose de nous arrêter au prochain cap, à l’abri du vent, mais arrivés à la pointe, toute la troupe se met d’accord pour continuer. S’arrêter ça veut dire avoir froid et prendre le risque de ne plus pouvoir repartir. Maintenant que nous sommes dans les kayaks, il faut avancer malgré les vagues et les fortes bourrasques de vent ! Je n’ai évidemment pas de photo de cet instant mémorable, c’aurait valu le coup !! Ma mémoire n’oubliera jamais la dose d’adrénaline qui coulait dans mes veines, je n’avais plus froid, je ne ressentais plus la fatigue ni la peur, il fallait avancer et se battre pour ne pas perdre l’équilibre sur les flots !

Nous décidons de longer l’île de Vâgsøya pour être protégés des vents quelques instants. Nous nous préparons à retrouver une mer rude à la fin de l’île et c’est précisément ce qui se passe. Nous sommes à nouveau exposés aux vents du large, les vagues redoublent d’intensité!  Il faut pagayer sans s’arrêter et sans mourir vers le Kaldfjorden où nous retrouverons luxe, calme et volupté.

Un refuge est indiqué sur la carte HOURRA: cap sur le refuge de Molnes sur l’île de Ringvassøya. Les conditions sont extrêmes!

Arrivés dans le Kaldfjorden la mer se calme et devient monotone. L’adrénaline retombe, le contre coup est dur. Fatigue, lassitude, énervement, la pluie ne cesse jamais, tout le monde est à bout.

Nous arrivons à 20h30 au refuge après 18km de kayak. On ressent tellement d’excitation à la sortie des kayaks, tout le monde court vers la maisonnette encore toumouillés et habillés pour voir l’intérieur.
IMG_1924iDÉ-SI-LLU-SION TOTALE. Cette journée est un ascenseur émotionnel à elle seule! Ce satané refuge est PRIVÉ et fermé à clé avec un énorme cadenas! Certainement un refuge de club de randonnée où il faut demander la clé avant de partir…

Nous commençons a verser deux-trois larmes tout en grinçant des dents en pensant au bivouac sous la pluie qui nous attend, alors que Kevin, vif comme l’éclair, revient victorieux le sourire jusqu’à derrière les oreilles nous annoncer fièrement qu’il vient de démonter une fenêtre derrière la maison.  Ni une, ni deux, une chaine se crée pour faire passer tous les sacs étanches dans le refuge. Il fait si froid, il pleut tellement, et les esprits sont si écorchés que la team décide de passer outre les lois sociétales. Voilà que nous nous transformons en lemmings clandestins! Bon, c’était presque une question de vie ou de mort.

Nous découvrons avec joie ce petit refuge de Molnes, très bien entretenu, très confortable, très fonctionnel. Nous trouvons un livre d’or, preuve que cette maisonnette est un refuge et non une habitation privée! (OUF). Il nous appartiendra pour ce soir, sans clé. C’est cosy, chaleureux. A l’étage il y a 8 matelas sous les combles, qui semblaient n’attendre que nous !
Pagayer en Laponie Pagayer en LaponieNous allumons quelques bougies, étendons nos vêtements et allumons le primus pour préparer le repas. Une alarme anti-feu s’enclenche, crise cardiaque collective !! Nous la désactivons rapidement  mais 1 minutes plus tard une seconde s’enclenche et nous fait frôler une deuxième fois la mort!! C’est incroyable, nos refuges vosgiens ne sont pas si bien équipés! Nos têtes de vainceurs en disent long sur notre fatigue et notre état de semi-larves émotionnées. Nous n’aurions jamais survécus sous la pluie, dehors.
Pagayer en Laponie Pagayer en LaponieEn entrée ce soir nous nous réconfortons avec un bon chocolat chaud ! En plat de résistance nous dégustons le reste de maquereau et de morues pêchés la veille avec des lentilles corail.
Pagayer en LaponieLa nuit est sombre, de plus en plus. L’ambiance est angoissante et stimulante. Nous guettons tous les bateaux de passage dans le fjord de peur que ce ne soit le propriétaire et nous craignons l’attaque d’un psychopathe dans la maisonnette aux vue du nombre de haches et de scies dans l’entrée!
En dessert: quelques gâteaux, un bon thé et quelques histoires d’horreur à la lueur des bougies fragilisées par les courants d’air!

Vers 1h nous rejoignons l’étage, nous plaçons les 8 matelas cote à cote et dormons bien serrés sous les combles, bien au chaud.
Pagayer en Laponie

Une bonne nuit bien méritée après une journée totalement démente. Un grand article avec beaucoup de mots et peu d’images pour une fois, mais comme vous pouvez le comprendre facilement, les photos n’étaient pas vraiment la priorité face à la survie :)

3 petits mots sur “Pagayer en Laponie 11. Le vent nous portera

  1. Ton texte est si « parlant » que nous pouvons nous imaginer cette terrible journée malgré le manque de photos.. Mais BRAVO !! vous l’avez fait..

  2. Pfiou que d’émotions fortes en cette journée ! Il a eu raison d’ouvrir le refuge par la « force », je suis sur que les propriétaires auraient compris suite à votre voyage sur la mer de 18km sous ce grand vent ! Vous en aurez vécus des choses !

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